La bouillie bordelaise porte le nom de la région où elle a été mise au point, dans le vignoble bordelais, à la fin du XIXe siècle. Plus d’un siècle plus tard, ce mélange de cuivre reste l’outil principal du vigneron bio contre le mildiou, la maladie qui peut ravager une récolte en quelques jours humides. Le cuivre pose pourtant une question de fond : efficace et d’origine minérale, il s’accumule aussi dans les sols et voit son usage de plus en plus encadré. Comprendre son rôle éclaire une grande partie du débat sur le vin biologique. Cet article explique à quoi sert le cuivre à la vigne, ce que la réglementation autorise, et quelles alternatives se dessinent.
Pourquoi le cuivre reste essentiel en bio
Le mildiou est un champignon qui se propage par temps humide et s’attaque aux feuilles comme aux grappes. Le cuivre agit comme un fongicide de contact : il protège la surface du feuillage et limite l’installation de la maladie.
En agriculture biologique, les produits de synthèse sont interdits. Contre le mildiou, le cuivre est souvent le seul recours réellement efficace. La bouillie bordelaise associe du sulfate de cuivre et de la chaux, d’où sa couleur bleue caractéristique.
Ce que dit la réglementation
L’usage du cuivre est plafonné à l’échelle européenne. Le principe repose sur une dose totale calculée sur plusieurs années, pour lisser les traitements selon la pression du mildiou.
| Règle | Détail |
|---|---|
| Limite européenne | 28 kg de cuivre métal par hectare sur 7 ans (Règlement UE 2018/1981) |
| Moyenne annuelle | environ 4 kg/ha/an, avec lissage possible d’une année sur l’autre |
| Bio et conventionnel | mêmes conditions d’usage depuis décembre 2019 |
| Statut du cuivre | substance approuvée dans l’UE, prolongée jusqu’au 31 décembre 2029 |
Le point sensible : l’accumulation dans les sols
Le cuivre est un métal : il ne se dégrade pas. Une partie retombe au sol après chaque traitement et s’y accumule au fil des années. À forte concentration, il peut affecter la vie du sol, des vers de terre aux micro-organismes.
C’est cette accumulation qui explique la réduction progressive des doses autorisées et la pression réglementaire actuelle. L’enjeu pour le vigneron bio consiste à protéger la vigne sans surcharger le sol.
Les alternatives à l’étude
Aucune solution ne remplace aujourd’hui le cuivre à elle seule contre le mildiou. Plusieurs pistes progressent néanmoins et se combinent entre elles.
- ● Phosphonates : efficaces, mais leur statut en bio reste discuté au niveau européen.
- ● Stimulateurs de défense des plantes : ils renforcent les défenses naturelles de la vigne aux stades précoces.
- ● Micro-organismes antagonistes : ils concurrencent le champignon responsable du mildiou.
- ● Prophylaxie : taille, effeuillage et aération du feuillage limitent l’humidité favorable à la maladie.
- ● Cépages tolérants : certains cépages résistent mieux au mildiou et réduisent le besoin de traitement.
La stratégie la plus solide combine ces leviers avec des doses de cuivre réduites, ajustées à la météo et à la pression réelle de la maladie.
Questions fréquentes
La bouillie bordelaise est-elle autorisée en bio ?
Oui. Le cuivre est autorisé en agriculture biologique, dans la limite européenne de 28 kg par hectare sur sept ans. Depuis décembre 2019, ses conditions d’usage sont les mêmes qu’en agriculture conventionnelle.
Le cuivre est-il dangereux pour l’environnement ?
À faible dose, il protège la vigne. Mais comme il ne se dégrade pas, il s’accumule dans les sols et peut, à forte concentration, affecter la vie du sol. C’est cette accumulation qui justifie l’encadrement de son usage.
Peut-on cultiver la vigne bio sans cuivre ?
Pas encore de façon fiable contre le mildiou. Les alternatives existent, mais elles se combinent au cuivre plutôt qu’elles ne le remplacent totalement.
Pour aller plus loin
Le cuivre résume la réalité du vin biologique : un cahier des charges exigeant, des contraintes concrètes et une recherche constante d’équilibre. Notre article Les vins bio : entre engagement et contraintes détaille le label et ses règles, tandis que la biodynamie pousse la logique du vivant encore plus loin.
Le Château d’Arsac, en appellation Margaux, partage cette attention portée à la vigne et au sol.



